La poétesse Louise Cotnoir

Louise Cotnoir

Laisser des traces

Avant que la nuit ne m’engloutisse, je supplie :
« Rends-moi à moi-même. » Je refuse de mourir dans ton nom.
(Louise Cotnoir, Les sœurs de, avec une citation de Camille Claudel)

 

Louise Cotnoir:

Tous mes livres – théâtre, nouvelle, essai, roman, poésie – ont pour centre d’intérêt les femmes. Les sortir de l’ombre du nom et les inscrire dans la mémoire humaine. « Seule l’écriture / Reste une façon / De résister à l’évanouissement », comme l’affirme Alice James dans le recueil Les sœurs de.

Les sœurs de

Dans ce premier volet du diptyque, il s’agit de rendre hommage à la force de résistance, aux savoirs, à la créativité d’Alice James, de Camille Claudel et de Fanny Mendelssohn. Bien sûr, on y retrace les drames qui les déchirent, mais surtout la dualité à laquelle elles se confrontent : être une femme et une artiste. Pour elles, vie et œuvre sont intimement liées. C’est leur lucidité et leur volonté brûlantes ainsi que leur singulière révolte qui sont à l’origine de ce projet. C’est leur désir violent « d’un monde différent, un surcroît d’être », comme le formule Fanny Mendelssohn, qui suscitent éloge et admiration chez les lectrices et les lecteurs.

Vanessa Bell     sœur de Virginia Woolf 

Le second volet, Vanessa Bell sœur de Virginia Woolf, m’est venu suite à la fréquentation assidue des œuvres de l’auteure anglaise et des biographies qui lui ont été consacrées. Comme une source souterraine, Vanessa Bell y surgissait constamment. Cette sœur, mère-substitut, étouffait les pulsions de mort de Virginia et devait constamment éteindre sa rivalité maladive.

Multidisciplinaire avant l’heure, Vanessa, peintre et designer d’intérieur, fascine. En effet, elle a touché à toutes les formes d’art, à toutes les matières – même les plus humbles – et les a métamorphosées en objets d’art. Cette femme et artiste n’a cessé de vouloir accéder aux profondeurs de son être et de son œuvre propres : « Rendre les choses / Les êtres / Dans leur unicité / Abyssale. » Face lumineuse de sa célèbre sœur, Vanessa se révèle en tant que femme qui a su s’inventer, se construire un destin malgré tous les obstacles. Sa ténacité et sa vitalité peuvent être des inspirations pour les femmes artistes d’aujourd’hui. Vanessa n’affirme-t-elle pas : « Je ne sais pas vivre / Sans couleur. »

Faire entendre leurs voix, comme en un murmure, écouter ces Mémoires de femmes, tel est mon désir le plus cher. Pour coller à ces dépossédées d’elles-mêmes, ma poésie s’articule autour de formules elliptiques, use de ruptures syntaxiques. Il s’agit de faire surgir ces êtres fantomatiques — Alice, Camille, Fanny ou Vanessa — laissés dans l’ombre des frères ou de la sœur, mais aussi dans celle de l’Histoire de la littérature ou de l’art, de les ramener à la lumière. Cette coexistence empathique entre elles et moi se manifeste par l’utilisation du « je » et du « elle ».

Enfin, les deux recueils s’écrivent au présent, comme si la vie et l’œuvre de ces femmes s’adressaient à moi, à nous, encore dans leur actualité.

Laisser des traces

L’écriture demeure un territoire privilégié où circuler avec lenteur. Il y est question de remettre en question le discours convenu, les clichés à propos du corps des femmes, de leur intelligence, de leur créativité. Car souvent la langue se fourche et se délite quand il s’agit de parler « du » et « au » féminin. Recherche et médiation inventent une parole frontalière, en ce sens qu’elle passe de la théorie à la fiction. Une forme de contamination s’opère entre les œuvres artistiques des autres et la mienne, ces femmes y prenant la parole directement à travers nombre de citations, y dévoilant dans et par les mots leurs œuvres.. On pourrait qualifier ce travail de fusionnel. C’est pourquoi on rencontre dans ce diptyque comme dans mes autres œuvres des références historiques, mythologiques, littéraires et artistiques, tout autant que des extraits de ce que ces artistes femmes ont laissé comme traces.

Louise Cotnoir

De Louise Cotnoir,  «Récit de l’enfance» extrait de  Les soeurs de
et « St Ives et Cassis», extrait de Vanessa Bell soeur de Virginia Woolf :

 

Nous remercions Louise Cotnoir de nous avoir confié ces extraits de ses livres
Les sœurs de et Vanessa Bell – soeur de Virginia Woolf, ainsi que les Éditions du Noroît
de nous en avoir aimablement autorisé la reproduction dans la série des
Poètes du Québec – Voix du Nouveau Monde.

 

Illustrations – Les soeurs de: Suite finlandaise n°33 (2004), de Pierre-Louis Bougie
Vanessa Bell – soeur de Virginia Woolf: Le soleil (1952), de Nicolas de Staël
Photographie de l’auteure: Hugues Corriveau

 

 

0 réponses

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *