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Louis Aragon et la jalousie

"je ne sais si tu mens"...

 

«On ne s’ennuie pas quand on est jalouse» (Corinne Larochelle dans son très beau roman, le Parfum de Janis). On ne s’ennuie pas, mais quelle souffrance… Et il est sans doute aussi difficile d’être aimée par un jaloux, passée la période de la « lune de miel »  alors que l’engagement sans partage qui nous est demandé et, croyons-nous, offert, nous rassure et nous ravit.

Deux êtres ne peuvent pas vivre dans une fusion complète, quelle que soit la profondeur ou l’ardeur de leur amour; l’intensité que leur sentiment a déjà atteinte ne peut se poursuivre indéfiniment; il  est impossible d’être sans cesse présent à l’autre. Alors le lien est parfois mis en question, et même s’il n’est jamais anéanti le doute, l’incertitude, l’inquiétude s’installent : il n’y a pas d’amour heureux. Ce constat est celui de Louis Aragon, qui rencontre en 1928 la femme avec laquelle il vivra pendant plus de 40 ans une histoire d’amour qui ne sera pas toujours harmonieuse: cette femme, c’est Elsa Triolet, elle-même femme de lettres, qui lui a inspiré quelques-uns de ses plus beaux poèmes.

On a dit d’Aragon qu’il  était naturellement jaloux. Pour le jaloux, ne pas être « l’unique » mais de n’être qu’un parmi d’autres signifie la possibilité d’une séparation intolérable qui impliquerait  de faire le deuil de sa propre toute-puissance. Dans la relation amoureuse,  la moindre attention dont il n’est pas l’objet, le moindre signe qui ne lui est pas  destiné, l’évidence de la liberté de l’autre, deviennent la source d’une angoisse incontrôlable.  Les faits divers illustrent tristement la réalité de ce besoin dévorant de la possession et de contrôle, ce désir insatiable d’être le seul à être aimé, cette exigence impossible à satisfaire d’être le centre du monde , qui peuvent conduire aux pensées et aux gestes les plus insensés.

Il semble que les mensonges d’Elsa aient donné à Aragon quelque raison de s’interroger sur sa fidélité : dans le poème « Jaloux… » il dévoile l’étendue de sa souffrance, jusqu’à la déraison, dans des images aussi fortes qu’inattendues:

« Jaloux »

 

« La guitare, statue de l’épouvante ». 1913. Georges Braque

 

 

 

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