L'élève Gargantua

L’élève Gargantua

Rabelais, à propos d'éducation

« Sapience n'entre point en âme malivole,
et science sans conscience n'est que ruyne de l'âme. »

(Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel  (Rabelais, c.1534)

 

Le géant Grandgousier, qui adore manger, a épousé la très gourmande Gargamelle, fille du roi des Parpaillons.  Pour fêter le mardi gras, Gargamelle, enceinte de 11 mois, fait abattre des centaines de milliers de bœufs, et invite ses amis à partager son repas. Malgré son état et malgré les remontrances de son mari, Gargamelle, comme tous les autres, dévore, danse, chante, s’enivre. Tout d’un coup elle ressent des contractions; elle met au monde un garçon, qui sort de son oreille gauche. Le nouveau-né qui a déjà une taille extraordinaire réclame  immédiatement «  A boire! à boire! à boire! ». Surpris et amusé par une si grande soif, son père Grandgousier s’exclame : « Gue grand tu as (sous-entendu : le gosier). Et le nouveau-né est baptisé Gargantua.

L’enfance du géant se passe dans le monde paysan, à Chinon où il suit l’enseignement des théologiens « sorbonagres » et autres sophistes moyenâgeux. Habitudes de vie paresseuse et sales, lectures incompréhensibles, prières récitées mécaniquement :   en fait, il ne porte aucun intérêt à l’étude et ne pense qu’à dormir, manger et boire.

L’élève Gargantua

C’est alors que « saisi d’admiration en considérant la merveilleuse intelligence de son fils » qui sait « réciter par cœur, à l’envers, des ouvrages entiers » mais qui est incapable de rivaliser avec un enfant de 12 ans et qui est en train de devenir « fou, niais, tout rêveur et radoteur », Grandgousier, un peu inquiet, décide qu’il faut enrichir le génie de son fils auprès du grand docteur humaniste maître Ponocrates (qui signifie le Laborieux et sous les traits duquel se dissimule Rabelais lui-même).

L’adolescent se rend donc à Paris  recevoir  l’enseignement  de Ponocrates.   Pour observer les effets de  l’éducation qu’il a reçue de ses précepteurs sophistes, le maître lui demande de décrire ses journées: c’est le prétexte, pour Rabelais, de dénoncer les effets désastreux de la « barbarie » de l’éducation médiévale traditionnelle, et de leur opposer l’idéal humaniste.

Gargantua deviendra excellent tous les arts, toutes les activités physiques, scientifiques  et intellectuelles, un homme nouveau, celui de la Renaissance, qui conduira, un siècle plus tard, à l’homme des Lumières.

 

Extrait de « L’étude et diète de Gargantua selon la discipline de ses précepteurs sorbonagres » Rabelais, Gargantua, chap. XX:

 

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