Samuel de Champlain - Carte géographique de la Nouvelle France

 

Je suis la terre et l’eau  . . .   (Anne Hébert)

 

Alors que j’étais enfant, la rencontre de la poésie et de la voix a constitué jusqu’à aujourd’hui l’événement le plus mystérieux de ma vie. Ce souvenir ineffaçable m’a conduite, voici deux ans, à mettre en ligne les Lectures et Dits d’ailleurs où je présente et lis à haute voix des poèmes et proses d’auteurs du passé qui m’ont fait grandir et m’émeuvent toujours:  de Villon à Rimbaud, de La Fontaine à Prévert, de Perrault à Éluard, les auteurs dits « classiques» nous rappellent que nous appartenons à la race de ceux qui veulent plus de justice, de vérité, d’humanité.

Voici plus de 50 ans j’ai choisi le Québec pour y vivre. Alors que je dirigeais les Presses de l’Université de Montréal j’ai voulu contribuer à la connaissance de la littérature d’ici que j’admirais, avec la création entre autres de la revue Études françaises, de la collection Littérature , de la Bibliothèque du Nouveau Monde, de la série du Prix de la Revue Études françaises qui a couronné Gaston Miron, Michel Beaulieu, etc.

Depuis longtemps je désirais consacrer un site à la poésie québécoise qui, malgré l’excellent travail de quelques éditeurs spécialisés, est de plus en plus absente des médias traditionnels alors qu’elle mérite de circuler largement. Au même titre que l’éducation, nous savons bien que la poésie – comme les autres arts – est essentielle à la culture et au progrès de la vie collective; ce sont les plus solides remparts contre les attaques de la sauvagerie et de l’absurdité et ce n’est pas un hasard si ceux qui veulent détruire une civilisation détruisent son patrimoine artistique. Ils croient défaire ce puissant porteur de l’idée de liberté en oubliant que le mouvement créateur est indestructible.

Voici donc Poètes du Québec – Voix du Nouveau Monde, qui ne pourrait pas être réalisé sans la généreuse collaboration des poètes et de leurs éditeurs et sans l’appui soutenu de l’éditeur René Bonenfant et de l’écrivain Pierre Nepveu que je remercie profondément.

 Danielle Ros

Je m’intéresse à la poésie depuis mes études classiques au cours desquelles j’ai mémorisé par plaisir des dizaines de poèmes d’auteurs classiques français comme Lamartine, Musset, Hugo, Heredia, Mallarmé, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud… J’ai ensuite découvert la poésie québécoise d’abord dans des anthologies jusqu’à ce que j’achète mes deux premiers recueils, un de Fernand Ouellette et l’autre de Jean-Guy Pilon.

Mon immersion dans la poésie québécoise contemporaine s’est faite surtout quand mon épouse Célyne Fortin et moi-même avons décidé de créer les Éditions du Noroît en 1971. C’est ainsi que pendant vingt ans nous avons côtoyé les poètes quotidiennement et que nous avons vu naître des oeuvres remarquables : Alexis Lefrançois, Jean Charlebois, Marie Uguay, Denise Desautels, Hélène Dorion et quelques dizaines d’autres qui continuent de démontrer la vitalité de la poésie québécoise.

Mon intérêt ne s’est pas étiolé et avec ma collaboration à POÈTES DU QUÉBEC – VOIX DU NOUVEAU MONDE,  je suis heureux de pouvoir poursuivre la promotion de cette poésie.

René Bonenfant

 

Depuis plus d’un demi-siècle, la poésie habite ma vie: la mienne, celle qui nait en moi à même mon expérience de la vie, des êtres, des paysages, des événements, mais aussi celle des autres poètes, auxquels j’ai toujours consacré une grande attention et de nombreux travaux: anthologies, préfaces, articles, conférences, cours universitaires sans parler de la biographie de Gaston Miron. Au fil des années, j’ai donné plus d’une centaine de lectures publiques de mes propres poèmes, et j’ai assisté à un plus grand nombre encore de lectures ou de performances présentées par des poètes québécois et étrangers. 

Plus que jamais, je suis convaincu que la poésie ne peut demeurer dans les livres, bien qu’elle se prête à la lecture solitaire et silencieuse: elle est faite pour « la haute voix », comme elle l’a d’ailleurs été depuis les origines. Les années récentes ont donné un nouvel essor à cette pratique de la poésie vocale, par la multiplication de sites internet, de lectures dans les cafés, les bibliothèques et divers festivals, par l’essor de nouvelles formes comme le slam, par la création de compétitions ou de concours de récitations de poèmes dans les écoles. Je suis moi-même très engagé dans le projet des « Voix de la poésie » (« Poetry in Voice » au Canada anglais) qui veut rejoindre les écoles secondaires et les cégeps. 

La poésie est une parole incarnée, vibrante, rythmée, elle nous parle à partir du corps et à travers la texture de la voix, non seulement celle de l’auteur, mais celle d’autres récitants, comme Danielle Ros, qui peuvent la relayer et lui donner ses inflexions et ses accents propres. Une telle entreprise qui donne à entendre les poètes québécois ne peut que me séduire.

Pierre Nepveu